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  Groupe de Recherche Européen Pour l'Archéologie au Levant                          ENGLISH

 

 
 

Projet Tell el-Ginn


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Tell el-Ginn

  

Fig. 1: Vue générale de la Gezira de Tell el-Ginn, 2001.

 

Tell el-Ginn, la « butte du Djinn » se situe en Basse-Égypte dans le nord-est du Delta (fig. 1 et 2) à environ 150 km du Caire (Je remercie tous ceux qui ont collaboré à l’élaboration de ce document :Gransard-Desmond J.-O., Vaudou E., Eulert P.-H., Brihaye P. et Blin O.). Au IVe millénaire, ce site était installé le long d’un bras du Nil et en bord de mer Méditerranée (la ligne de côte actuelle est à 50 km plus au nord).  

Il revient au professeur Lech Krzyzaniak, directeur de l’École Polonaise de Préhistoire Égyptienne, lors du Congrès de Poznan (Pologne, 2000) d’avoir attiré notre attention sur ce site, selon lui, très prometteur (L. Krzyzaniak, com. pers , Poznan, 2000. Deux membres du GREPAL, N. Collins et L. Watrin, ont participé au Congrès de Poznan en Pologne en août 2001). Il le connaissait bien pour l’avoir visité en 1981 alors qu’il fouillait le site voisin de Tell es-Sabaa Banât (la « butte des sept filles »). Tell el-Ginn se situe en effet à environ deux kilomètres au Nord-Est de Tell es-Sabaa Banât (près du village de Minshat Abou Omar), site aujourd’hui en voie de disparition suite à l’extension des habitations et des cultures dans cette zone (Lors de notre prospection dans la région en 2001 nous avons pu voir des tracteurs arasant les buttes de Tell el-Sabaa Banât pour aménager l’endroit en espace agricole). 

Des travaux archéologiques ont été conduits à Minshat Abou Omar par les Allemands entre 1977 et 1984 (K. Kroeper et D. Wildung, Minshat Abu Omar I und II, Ein vor- und frügeschichtlicher Friedhof im NilDelta, Mainz, 1994-2000). Des tombes tardives (gréco-romaine) et quelques vestiges d’un habitat contemporain scellaient les niveaux supérieurs du site. Les fouilles ont ensuite mis en évidence une nécropole se rattachant à la civilisation de Naqada dont les plus anciennes tombes datent de l’époque de Naqada IId (vers 3400 avant J.-C.) et les plus récentes du début des premières dynasties égyptiennes. Ces découvertes firent sensation à l’époque puisque c’était la première fois que des tombes naqadéennes aussi anciennes étaient découvertes en Basse-Égypte.

 

  

Fig. 2: Carte de localisation du site de Tell el-Ginn (Delta oriental).

 

La prospection du GREPAL à Tell el-Ginn en 2001. 

Comme bon nombre de sites du Delta oriental, Tell el-Ginn se présente sous la forme d’une vaste éminence sableuse émergeant des champs cultivés. Les paysans de la région nomment cette formation géologique Gezira (« l’île »), les anglo-saxons Turtleback (« dos de tortue »). Cette élévation culmine à environ 5m au-dessus des champs avoisinants. Elle est longue d’environ 900m pour une largeur de 300m et se présente comme une dune de sable s’étendant d’Est en Ouest. 

La seule activité archéologique connue à Tell el-Ginn se limite à quelques sondages engagés par le professeur Labib Habachi en 1952 qui ont révèlé des tombes datant de la fin du IVe millénaire. Le  matériel archéologique, non publié, est conservé au musée d’Ismailia. Ce petit musée, que nous avons pu visiter, conserve nombre d’objets pré- et protodynastiques provenant de différentes fouilles de la région. Nous avons pu reconnaître des poteries originaires d’El-Beida (El-Beida a notamment livré la fameuse jarre découverte en  1913 par  Clédat portant le serekh du roi « Double Faucon » (Ismailia n°1928, fig. 3)) et d’autres de Tell el-Ginn (Provenance confirmée par le professeur Labib Habachi [K. Kroeper, « The Excavations of the Munich East-Delta Expedition in Minshat Abou Omar », dans The Archaeology of the Nile Delta, Problems and Priorities, Amsterdam, 1988, p. 19]). Le matériel découvert à Tell el-Ginn se compose de poteries, de vases en pierre, et d’une palette en schiste en forme de poisson. Ce matériel est caractéristique de l’époque de fin Naqada IId-IIIc1 (vers 3400-3000 avant J.-C.). 

Fig. 3: Jarre de El-Beida découverte dans le nord-Sinaï (Naqada IIIb).

En 2001 le Supreme Council of Antiquities (SCA) accorda au GREPAL l’autorisation d’effectuer un repérage et une prospection sur le site de Tell-el-Ginn et de ses environs. L’expédition était composée de deux membres du SCA venus du Caire dont M. Mohammed Youssef, de l’inspecteur de la ville de Faqous (M. Ismail Abdel Razik Abdelmaty) et d’un membre du GREPAL (M. Luc Watrin, son président).

 

Nous avons rencontré les autorités locales de Tell el-Ginn ; le maire M. Salem Bakr Mohammed et son adjoint M. ‘Ali Atiya. Ils nous expliquèrent que le tell était deux fois plus haut (à l’origine environ 10m d’élévation) mais que les niveaux supérieurs avaient été érodés par des générations de paysans venus se fournir en sebakh et en sable pour la construction.

Ils nous précisèrent également que, lors de ces passes mécaniques, de la céramique et des amulettes en faïence (romaines ?) avaient été mises au jour. Il nous précise aussi que depuis 50 ans aucun archéologue n’est venu travailler sur le site.  

Notre prospection de surface sur la Gezira a révèlé de la céramique copte, grecque et romaine. Ce matériel couvre l’ensemble de la surface du site. Cette prospection a aussi permis de mettre en évidence quelques ossements d’animaux et des fragments de céramique grossière en abondance. A cela s’ajoutent des éléments architecturaux en pierre attestant d’une occupation « urbaine » du site qui couvre plusieurs périodes.

 

Fig. 4: habitation pouvant convenir à l'accommodation sur le site.

 

Fig. 5: Exemple de colonne de temple transformé en meule sur la Gezira.

Les éléments en pierre consistent en bases et fûts de colonnes en granit rose, vestiges d’un temple d’époque historique (fig. 5). Certains alignements semblent indiquer que ce temple, aujourd’hui en très grande partie démantelé, serait encore existant sur le rebord oriental du tell. D’autres blocs, notamment des fragments de colonnes, ne sont plus en place et gisent à proximité du temple. Des traces de découpe au centre de plusieurs segments de colonnes indiquent leur transformation en meule à grains après l’abandon de l’édifice (la réutilisation des éléments en granit de temples égyptiens pour les transformer en meules de moulins est une pratique courante en Égypte qui a parfois été mentionnée dans les récits de voyageurs. Il y a près de 300 ans, en 1737, le géographe Richard Pockocke constata le phénomène à Behbeit el-Haggar : « les Turcs détruisent tous les jours ces monuments précieux, et se servent des colonnes pour en faire des meules de moulins » (cité par E. Naville, Behbeit el-Hagher, Paris, 1930, 44).  Ces blocs de granit, anépigraphes et sans décoration, ne peuvent être datés actuellement. Mis à part de petits fragments de pierre calcaire jalonnant quelques fois le terrain, aucun grand bloc en calcaire ne semble avoir été conservé à la surface du site. Suivant une coutume classique dans le Delta, il est probable que ce temple ait subi les assauts répétés des chaufourniers. Nous savons par l’histoire des sites du Delta oriental (particulièrement bien observé à San El-Haggar/Tanis) que dès l’époque romaine les chaufourniers trouvaient beaucoup plus simple de réutiliser les blocs calcaire des temples plutôt que d’aller les débiter dans les carrières (La quête de cette matière première qui constituait l’ossature des temples (murs, etc.) a fait disparaître de nombreux édifices dont seules les parties en granit sont conservées (linteaux, jambages de portes, colonnes, obélisques, etc.).  Un des rares temple du Delta ayant échappé à ces outrages est celui de Behbeit el-Haggar dans le Delta occidental car entièrement construit en granit gris (E. Naville, Behbeit el-Hagher, Paris, 1930).

 

Fig. 6: Stratigraphie dans les terres alluviales à l'Est de la Gezira.

 

La prospection à Tell el-Ginn s’est également étendue à l’Est de la Gezira. Le passage d’un fossé de drainage agricole a révélé une coupe de terrain dans le lœss (voir ci-contre). Cette dernière nous a permis d’identifier deux niveaux de sols antiques superposés. Ils étaient constitués de déchets de taille de pierre, malheureusement sans matériel archéologique qui puisse permettre une datation. Ces vestiges attestent de l’extension de l’occupation villageoise antique hors de la Gezira à une époque indéterminée.

 

L’environnement régional de Tell 

el-Ginn :  la connexion orientale. 

 

De part sa position géographique au nord-est du Delta, le long d’un ancien bras du Nil et à proximité de l’ancienne ligne de rivage maritime, ainsi qu’au débouché des pistes menant en Palestine, le site de Tell el-Ginn dispose d’un potentiel scientifique certain.

Les plus anciens niveaux des sites du Delta datés du début du IVe millénaire révèlent une fréquentation de cette région par des populations du Proche-Orient. Ces populations ont pu être détectées sur le site de Bouto I grâce aux vestiges de leur culture matérielle. Celle-ci comprend des poteries correspondant typologiquement et technologiquement à une production palestinienne. Leur analyse pétrographique montre qu’elles sont produites localement dans un argile nilotique. Apparemment, ces groupes cohabitaient dans les villages avec les populations égyptiennes de tradition néolithique. Ces faits pourraient indiquer qu’un segment de chefferie palestinienne dissidente ait migré vers le Delta à la fin du Chalcolithique palestinien (vers 3900 avant J.-C.). Ces éléments de populations de culture palestinienne s’implantèrent dans un milieu local technologiquement moins développé qui ignore le tour du potier ou la métallurgie. 

Une seconde vague migratoire originaire du sud du Levant semble avoir atteint le sud du Delta après l’écroulement du système de chefferies en Palestine. On trouve ainsi à Ma’adi des éléments de culture matérielle se rattachant clairement à des groupes de populations levantine datant du tout début de l’Âge du Bronze Ancien I (BA Ia1), vers 3700-3600 avant J.-C. Le fait le plus spectaculaire est sans doute l’adaptation locale de modèles architecturaux palestiniens. Au moins une structure semi-souterraine construite en pierre de taille, de plan sub-rectangulaire (peut-être un entrepôt ?), reprend le plan traditionnel des habitations domestiques du début de l’âge du Bronze palestinien ( Ces éléments ont été détaillés dans plusieurs de nos communications scientifiques dont : « Copper Drops and Buried Buildings : Ma’adi’s Legacy as a Predynastic Delta Trade Capital », Bulletin de la Société de Géographie d’Égypte 73, Le Caire, 2000, p. 163-184). Une autre caractéristique de la civilisation ma’adienne, bien que contestée,  est sa pratique de la métallurgie du cuivre, la plus ancienne connue de la vallée du Nil. Enfin, on note le développement spectaculaire des inhumations d’animaux associées à des offrandes funéraires. À Héliopolis, il semble que les animaux (ovicapridés et canidés) soient enterrés dans un secteur distinct de la nécropole. Nos connaissances des cultures du Delta après la chute de Ma’adi et avant l’expansion naqadéenne en Basse-Égypte, sont encore limitées (L. Watrin, « Five or Six Lost Generation what was going on on the Delta after Ma’adi and before Naqada », Communication présentée au International Symposium of Puszcykowo near Poznan, Poznan, 2000. Il existe une phase post-maadienne et pré-naqadienne dans le Delta. Il s’agit d’un « chaînon manquant » de l’histoire du Delta qui correspond à l’époque de Naqada IIb-c. Cette période était compressée entre la fin de Ma’adi placé à Naqada IIc et le début de Minshat Abou Omar placé à Naqada IIc-d1. Or nos différents travaux montrent que ces chronologies sont en partie erronées. Il existe bien une séquence intermédiaire entre ces deux sites comme le montre l’étude du mobilier archéologique. Elle est confirmée par l’étude des stratigraphies d’autres sites dans le Delta.  Celle-ci est comprise entre la fin de Ma’adi, qui doit être fixée à Naqada IIa, et le début de Minshat, qui doit être placé à l'extrême fin de Naqada IIc et au début de Naqada IId). En revanche, la phase qui lui succède est bien représentée par le site voisin de Tell el Ginn, celui de Minshat Abou Omar. De culture naqadéenne, comme le montre les dépôts funéraires, Minshat semble avoir été créé par des populations originaires de Haute-Égypte. Les plus anciennes tombes (Minshat Ia) sont dotées parfois d’armes (couteaux rippleflake, massues piriformes) indices d’une société guerrière ( ?). On pourrait considérer Minshat comme une sorte de comptoir/colonie de la Haute-Égypte implanté dans le Delta oriental sur les routes commerciales menant en Palestine. Son implantation correspond à une phase d’expansion de la civilisation de Haute-Égypte dans le Delta oriental à partir de Naqada IId (vers 3300 avant J.-C.).

Les rapports commerciaux avec l’Est sont bien attestés par des jarres d’importations (fig. 7) déposées dans les tombes. Certaines jarres palestiniennes sont réutilisées en contexte funéraire pour recevoir des nouveaux-nés. La question de l’origine de ces populations est complexe puisque elles sont de culture naqadéenne mais adoptent sans exception (Minshat I-II) une orientation funéraire différente de celle que l’on observe en Haute Egypte (défunt positionné sur le côté gauche, visage vers l’ouest). Dans les plus anciennes tombes  de Minshat (Minshat I-II) le défunt est en effet positionné sur le côté droit de son corps, la tête au nord-nord-est, le regard vers l’ouest (Dans les phases plus tardives de Minshat (Minshat III-IV) l’orientation change. Les défunts sont orientés  sur le côté gauche du corps, la tête au nord-ouest, le regard vers l’est ou sud-est).

 

 

Fig. 7: Sépulture 787 de Minshat Abou OmarI, site situé à 2km au sud-ouest de Tell el-Ginn. Présence d'une petite baratte décorée typique du milieu du Bronze Ancien I palestinien (vers 3400 BC).

 

De par sa position dans le Delta oriental, Tell el-Ginn a sans doute participé à ces mouvements et ces échanges inter-régionaux particulièrement féconds. Ceci pose la question des rapports entre la Haute et la Basse-Égypte, la nature des relations avec l’Est, et au delà, celle de l’origine même de la civilisation de Basse-Égypte.

 

Tell el-Ginn : un site vierge prometteur impliquant une recherche pluridisciplinaire.  

L’archéologie égyptienne s’est longtemps concentrée sur les nécropoles, mieux conservées et plus facilement exploitables, notamment en Haute-Égypte. Très peu de chantiers disposent actuellement en Basse-Égypte d’équipes réellement interdisciplinaires s’intéressant globalement aux traces de présence humaine (habitats, activités villageoises…). Tell el-Ginn, de par sa position géographique (un des sites le plus oriental du Delta), pourrait être un bon témoin potentiel des relations extérieures de l’Égypte à l‘époque (fig. 8).  

La relation avec l’Est est en effet un des phénomènes majeurs de l’histoire de la région. Les fouilles de Mérimdé Béni Salamé, site néolithique, le plus ancien découvert à ce jour dans le sud du Delta, ont par exemple révèlés des vestiges de faune domestique (ovi-capridés) peut-être originaires du Levant (Mérimdé I). La connexion orientale apparaît de manière plus sûre tout d’abord à Bouto I (vers 3850 avant J.-C.) avec de la céramique sur tour de tradition palestinienne, puis surtout à Ma’adi dans les domaines de la métallurgie et de l’architecture en pierre sur des horizons un peu plus récents (vers 3700 avant J.-C.).  

D’autres disciplines permettraient d’éclaircir cette relation particulière du Delta avec le monde oriental notamment les études archéozoologiques. Elles permettraient de déterminer les habitudes alimentaires de ces populations et d’étudier la variété des espèces animales du biotope. La localisation du site en bord de mer permettrait à un ichtyologue d’évaluer la place de la pêche dans l’économie locale, mais aussi de déterminer les espèces consommées par les populations et de saisir les évolutions alimentaires au cours du temps. Des installations portuaires pourraient également exister, ouvrant ainsi un nouveau champ d’étude, à comparer avec les découvertes récentes sur le littoral israélo-palestinien. 

L’anthropologie pourrait par exemple tenter de déterminer l’origine ethnique des populations. Au IVe millénaire, on suppose qu’au moins deux grands mouvements migratoires ont eu lieu en Basse-Égypte, le premier originaire du Levant sud vers le Delta sur un horizon ancien (celui de Bouto I) et le second originaire de la Haute-Égypte sur un horizon plus récent (celui de Minshat Abou Omar I). Toutes ces hypothèses demandent cependant à être consolidées et approfondies.  

La carpologie, domaine encore peu développé en Égypte, viendrait utilement compléter ces informations en ouvrant également le champ à une étude du paysage, d’éventuelles pratiques agricoles, aux échanges et circulation des denrées dans cette aire géographique. 

La présence de vestiges domestiques permettrait aussi une confrontation avec l’ethnologie. Il serait en effet pertinent de comparer les vestiges anciens avec ceux  édifiés à proximité par les présentes populations. Celles-ci, sédentaires et agricoles, comme nous avons pu l’observer, vivent actuellement dans des conditions socio-économiques encore assez proches de celles des populations anciennes (l’environnement a cependant bien changé avec une ligne de rivage qui s’est éloignée et l’élévation des terres, deux phénomènes liés à l’alluvionnement).  

La possibilité que les couches les plus anciennes se situent en deçà du niveau de la nappe phréatique, situation rencontrée sur de nombreux sites du Delta, implique de prévoir des pompes à eau. Elle permet aussi d’espérer une bonne conservation éventuelle des vestiges organiques (bois, os, et cuir) et dans ce cas d’établir Tell el-Ginn comme un site de référence.

 

  

Fig. 8: Tell el-Ginn dans le contexte géomorphologique régional.

 

Tell el-Ginn : un projet à engager de toute urgence.  

La plupart des fouilles dans le Delta ont consisté dans le passé en opérations des sondages ponctuelles dont beaucoup ont été menées par l’Institut Hollandais dans les années 1980 sous la conduite de Edwin van den Brink. Le seul site fouillé de manière extensive et qui a révèlé des niveaux d’habitats structurés pré- et protohistoriques est celui de Tell el-Farkha (la « butte du poulet ») dont la concession de fouille est détenue par une mission polonaise. En 2002, un cimetière contemporain des niveaux d’habitats a été identifié sur le même site (K. Cialowicz, com. pers., 2002). Cette découverte fait à ce jour de Tell el-Farkha un site unique dans le Delta oriental puisqu’il combine nécropole et habitat préhistorique contemporain. Dans le Delta occidental, les fouilles de Bouto ont consisté en sondages qui ont seulement atteints des niveaux d’habitats fortement remaniés. Les couches les plus anciennes datent de la première partie du IVe millénaire et reposaient sous le niveau de la nappe phréatique. Ils n’ont pu être atteints et fouillés qu’après pompage.   

En terme de chronologie, les résultats de prospection couplés aux sondages du département des Antiquités Egyptiennes dans les années 1950 correspondent à ceux obtenus à Minshat Abou Omar. Pour les périodes anciennes, Minshat n’a révélé qu’un seul cimetière datant du dernier tiers du IVe millénaire. Des sondages profonds sur le site ont cependant aussi touchés des niveaux néolithiques (Ve millénaire). Cependant les archéologues polonais et allemands n’ont trouvé aucune trace d’habitat correspondant aux cimetières naqadéens qu’ils ont mis au jour. Grâce aux sondages de Labib Habachi effectués en 1952, nous savons aussi que des tombes fin Naqada II - Naqada III existent à Tell el-Ginn. Le site présente donc à première vue une occupation comparable.    

Les vestiges d’habitats semblent absents à Minshat, à l’exception de quelques installations tardives d’époque gréco-romaine sur le rebord du tell. Un temple pharaonique matérialisé par des colonnes éparses a aussi été identifié (fig. 9). Tell el-Ginn, pour sa part, présente immédiatement sur toute sa superficie des vestiges d’installations anthropiques d’époques tardives matérialisés par d’abondants fragments de poteries correspondant à la déflation des sols antiques et des remaniements. Seuls des sondages sur le site permettraient d’atteindre des niveaux plus anciens et de se faire une idée réelle de la stratigraphie et d’identifier les niveaux préhistoriques sous-jacents révélés par un sondage ancien (voir supra). Les éventuels villages pré- et protodynastiques, invisibles aujourd’hui, se situent certainement dans les niveaux profonds. Leur localisation est l’un des objectifs majeurs du projet Tell el-Ginn. Nous pourrons alors établir des comparaisons entre le matériel de l’habitat et celui du cimetière protodynastique qu’il faudra à nouveau localiser.

 

Fig. 9: Vue de la partie orientale de la Gezira.

L’histoire du site pourrait  se corréler à celle de Minshat Abou Omar. Minshat présente des niveaux datant du dernier tiers du IVe millénaire et du tout début du IIIe millénaire (milieu Ire dynastie) puis un long hiatus de 2300 ans (entre la IIe et la XXVIe dynastie) avant une réoccupation à la Basse-Epoque puis à l’époque gréco-romaine. Il est aussi possible que les villages qui correspondent aux tombes de Minshat se trouvent à Tell el-Ginn, site nettement plus vaste situé seulement situé 2 km plus à l’ouest. Le site de Tell el-Ginn s’avère plus étendu et plus élevé que celui de Minshat (Minshat Abou Omar, comme Tell el-Ginn, est aussi un site de Gezira. Ce dernier mesure cependant 600 x 400 m pour une élévation de 2,5 m). Sa densité sédimentologique est aussi deux fois plus importante. 

Tell el-Ginn présente donc un potentiel tout à fait intéressant. Il faut souligner que  les sites du Delta présentant à la fois un cimetière préhistorique et un habitat contemporain sont rarissimes. Tell el-Ginn peut présenter ce type de configuration. La nature même du sédiment (sable) implique la mise en place d’équipes d’archéologues dotés d’expérience de fouille dans un tel environnement. Plusieurs membres du GREPAL bénéficient d’une telle expérience.  

De part sa situation, sa configuration et son environnement, Tell el-Ginn présente un important potentiel scientifique. À cause de la concurrence des autres Institutions étrangères de plus en plus présentes dans le Delta et de la menace d’extension de projets urbains et agricoles dans cette zone, un projet de fouille conduit par le GREPAL associé à une université égyptienne et le Conseil Suprême des Antiquités Égyptiennes doit être lancé le plus tôt possible.

 

 

 

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Tell el-Ginn vu du sud
 

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