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  Groupe de Recherche Européen Pour l'Archéologie au Levant                          ENGLISH

 

 
 

Au berceau de la société organisée


Au berceau de la société organisée

Doaa Elhami

 

Statues dorées, figurines en ivoire d’hippopotame ainsi qu’une vingtaine de maisons en plus d’autres trouvailles intéressantes ont été dégagées du site préhistorique de Tell Al-Farkha, qui s’étale sur quatre hectares dans le petit village de Gazzala, situé en plein Delta et plus précisément dans le gouvernorat de Daqahliya, à quelque 160 km au nord-est du Caire.


Opérant dans ce site depuis 1998, la mission polonaise, dirigée par Marek Chtodnicki, de l’Université de Posnan et Krzysztof Ciatowicz, de l’Université de Cracovie, a réussi suite à ses fouilles et découvertes à donner pour la première fois des indications concernant l’existence d’une société bien organisée en ce temps reculé. Connu pour être l’un des endroits les plus fragiles du Delta, Tell Al-Farkha doit son origine à la fin de l’époque néolithique jusqu’au début de l’âge archaïque, c’est-à-dire une histoire qui remonte à (3600 av. J.-C. et 2550 av. J.-C.). Les récentes fouilles ont mis au jour, pour la première fois, une grande maison bâtie avec de gros blocs de brique crue, entourée d’une vingtaine d’autres résidences plus petites. « Il paraît que la grande maison appartenait au gouverneur ou bien au chef d’une communauté », explique Zbigniew Szafranski, directeur du Centre polonais au Caire. Pour lui, il est difficile de déterminer la nature de cette communauté à cette époque. Par ailleurs, une telle planification structurée indique l’existence d’une société bien organisée avec ses différentes administrations.


Autre découverte assez particulière : celle de deux statues en or trouvées dans la grande maison. La taille de la première est de 40 cm et celle de la seconde est de 60 cm. Pour Marek Chtodnicki, directeur de la mission, cette découverte témoigne que le propriétaire de cette maison appartenait à la classe dirigeante. Pour lui, ces statues étaient à l’origine sculptées en bois ensuite recouvertes d’or. Selon Chtodnicki, la technique de recouvrir les statues avec une couche dorée était connue à Rome et en Grèce. « Mais les statues égyptiennes sont plus anciennes », affirme-t-il. Autre particularité qui s’ajoute à l’originalité de ces statues : les yeux incrustés de lapis-lazuli. Une telle fabrication ainsi que la finesse de la couche dorée « reflètent en fait l’habileté des artisans qui vivaient dans cette communauté », reprend-il. Il est en fait connu que le lapis-lazuli n’existe qu’au centre de l’Asie. « L’utilisation d’une telle pierre importée témoigne de l’établissement de rapports entre les habitants de Tell Al-Farkha et ceux de cette région dès cette époque lointaine », commente Szafranski.

Feuilles d'or et lapis lazuli recouvrant à l'origine les statuettes de bois..

 

En effet, la mission y a encore découvert des poteries et des vaisselles dont la forme et la décoration sont syriaques. Pour Szafranski, la présence de tels outils à Tell Al-Farkha confirme l’existence de rapports plus larges établis entre les peuples méditerranéens et asiatiques de cette époque. Alors que la Syrie fournissait ces matériaux à Tell Al-Farkha, cette dernière lui donnait en échange de la bière et du poisson salé. « C’étaient les produits essentiels par lesquels Tell Al-Farkha est connu, puisque nous y avons trouvé des jarres de bière et des poissons salés », dit Szafranski. Ce dernier estime que Tell Al-Farkha était l’un des points essentiels d’une route qui reliait la vallée du Delta au cœur de l’Asie, en passant par la Palestine et la Syrie. En outre, la mission a trouvé 62 statuettes sculptées en ivoire d’hippopotame, conservées dans des jarres. « Cette matière est très dure à sculpter. Par ailleurs, les formes sont très fines et précises malgré la modestie de leur taille », reprend le directeur. Selon lui, ces statuettes reflètent toujours cette grande habileté des artisans de cette communauté. En même temps, celles-ci ont pris la forme d’Horus, connu plus tard à Héraconpolis, au sud de l’Egypte. C’est en fait la représentation de l’enfant qui met le doigt dans la bouche. D’ailleurs, ces petites figures ont suscité beaucoup de questions chez les experts. « Peut-être qu’elles représentent un culte religieux. Mais il faut aller beaucoup plus loin que cette spéculation », ajoute le directeur. Pour lui, Tell Al-Farkha reflète l’épanouissement artistique, culturel et commercial au sein du Delta à une époque bien lointaine.
 

 
Statuette recouverte de feuilles d'or

 

 

Figurines en ivoire

 

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